Seloignes : le 09 avril 2011.

Prologue.

Suite à un calendrier chargé, notre prologue ne trouva pas d'autre date que ce 09 avril pour se dérouler. Apparemment, cela n'arrangeait pas beaucoup de membres car une fois n'est pas coutume, il n'y avait pas foule.

 

Mais une chose est certaine, tout se déroula dans la bonne humeur. L'on raconte même qu'un membre du comité ( sans doute plus malin que d'autres ) s'hasarda à traverser l'étang de la Fourchinée qui était vide !

 

"Envasé" jusqu'au dessus des genoux, il peina bien pour se sortir de sa fâcheuse position. Seuls les quelques marcheurs du 14 km purent le voir dans ce triste état car, le parcours passant par devant son domicile, il en profita pour se changer et réapparaitre propre comme un sous neuf. Nul n'aurait jamais rien su si... quelques langues n'avaient divulgué sa mésaventure. Est-ce la honte ou un emploi du temps chargé, toujours est-il qu'on ne le vit pas au barbecue ! Nous lui accorderons le bénéfice du doute.

Nous apprenons en dernière minute qu'une grande marque de friandises s'est inspirée de sa mésaventure ! ! ! Nous nous demandons combien, en tant que bon financier, il a pu retirer de droits.

 

Les photos du 14 km et donc de sa mésaventure sont ici.

 

Ci-dessous, l'équipe des joyeux qui ont participé au barbecue.

 

 

Bonne nouvelle, chers amis, notre ami Jacques a repris la plume.

Je vous laisse découvrir sa relation du fait qui émailla cete journée.

Du pur bonheur ! 

 

 

L’étang de la Fourche Innée, un lieu de perdition

 

In cauda venenum [1]

 

Le samedi 9 avril 2011 deux batraciens locataires de l’étang de la Fourche Innée observaient un marcheur téméraire qui tentait de traverser à pied l’extrémité de leur étang.

Un vent favorable a déposé sous nos yeux la relation écrite de leur conversation.

Nous ne résistons pas au plaisir de vous communiquer le dialogue tenu par nos deux compères.

Un bref rappel

L’organisation d’une marche ne s’improvise pas c’est pourquoi en ce mois de mai notre président Noumi Gouti avait organisé une marche préparatoire appelée prologue.

Les candidats s’étaient donné rendez-vous au village de Slogne en Thiérache en face de l’hôtel Maurice une succursale du célèbre hôtel parisien l’hôtel Meurice.

Selon leurs dispositions physiques du moment, les uns choisissaient le petit parcours et les plus doués optaient pour une plus longue balade. Les mauvaises langues affirmaient que ceux qui avaient choisi le parcours le plus court voulaient arriver les premiers pour profiter au maximum de l’apéro qui attendait les marcheurs au chalet de la Craifie. Assertion sans fondement peut-être ou réminiscence de situations vécues qui sait. La chair est faible, certains résistent à tout sauf aux tentations.

Après le départ de ces petits malins, il restait six candidats pour le plus long parcours.

Cette sixaine avait pour guide Jean Rempat à qui le président avait confié la carte du chemin à parcourir. Les six compères se retrouvaient bientôt sur la route qui conduit au village des Glorieux. La mission essentielle du guide était le repérage d’un sentier boisé qui conduit à un long empierré. Chemin faisant, les conversations allaient bon train. La bonne humeur régnait au sein du groupe, on rigolait de choses et d’autres et on ne se lassait pas d’affirmer que la marche est un excellent sport. Distrait par tous ces bons mots, notre guide en oublia le sentier et le groupe se retrouva à quelques centaines de mètres des premières maisons du village des Glorieux. Un demi-tour s’imposait. Lorsque l’entrée du sentier fut découverte, le groupe fut confronté à un sérieux dilemme. Les débardages successifs avaient complètement modifié l’aspect du site. La voie à emprunter n’apparaissait pas très clairement et après de multiples hésitations le groupe pénétra en éventail dans le sous-bois à la recherche du fameux sentier, mais sans succès.

Après avoir erré plus d’un quart d’heure dans la forêt, le groupe atteignit les rives de l’étang de « La Fourche Innée ». Avec étonnement nos amis constatèrent qu’il n’y avait plus d’eau. Une vase brunâtre, craquelée et durcie tapissait le fond de ce qui avait été une grande étendue d’eau.

 

Laissons maintenant à nos deux petits batraciens le soin de poursuivre le récit

 

Avertissement : le propos quelque peu égrillard, voire gaulois, de ces deux compères pourrait heurter les esprits puritains et troubler les personnes non averties des choses de la vie.

 

Une petite grenouille, Rainette dite Nénette et un vieux crapaud dit PauPau avaient trouvé refuge dans un des rares coins encore humides de l’étang asséché.

Émoustillée par la production d’hormones printanières, Nénette était dans un état d’excitation difficilement contrôlable. Elle imaginait les situations les plus rocambolesques dans lesquelles elle jouait le rôle de la jeune vierge faussement effarouchée, mais avide de sensations fortes.

Le voisinage de cette jeune excitée importunait le vieux PauPau ce crapaud boutonneux pour qui la vie n’avait plus de secret. C’était un vieux briscard qui avait batifolé de mare en mare d’étang en étang et couru la gueuse chaque fois que l’occasion se présentait. Avec l’âge, les feux de l’amour s’étaient drôlement apaisés et pour lui les galipettes n’étaient plus sa préoccupation première.

Écoute Nénette dit Pau Pau, aujourd’hui tu brûles de désir, mais sache bien que le feu le plus ardent finit par s’éteindre. Seul celui de l’enfer sera éternel.

Mais PauPau dit Nénette je suis jeune moi et toi tu n’es qu’un vieux chnoque qui n’a plus rien à espérer. Tu es repu, tu n’as plus de désir ou peut-être tu ne sais plus en avoir. Ton avenir est derrière toi, mais moi je rêve de dévorer la vie à pleines dents. Je rêve d’un prince charmant qui m’élèvera au sixième ciel enfin je préférerais au septième.

 Pendant que nos deux batraciens épiloguaient sur les feux de la passion, la sixaine avait atteint les rives de l’étang de la Fourche Innée

Oh regarde Pau Pau dit Nénette regarde là sur la berge je vois un héron. Oh comme il est grand !

Pau Pau : c’est peut-être un échassier, mais je doute que ce soit un héron, tu as déjà vu un héron qui portait un pantalon !

Mais c’est quoi alors cette grande chose qui s’approche de la berge ?

Mais pauvre gourde ce que tu vois est un descendant de l’espèce homo erectus.

Erectus s’exclame la jeune excitée, alors ce doit être un sacré gaillard. Son espèce doit avoir une natalité de clapier.

Enfin, Nénette répond Pau Pau passablement énervé cesse « de ne penser qu’à ça » et réfléchis un peu. Homo erectus n’est pas ce que tu imagines dans ta petite cervelle. C’est du latin qui signifie « l’homme dressé, droit » ce qui le différencie des singes qui utilisent leurs quatre membres pour se déplacer. C’est aussi homo erectus qui a inventé le feu il y a plus d’un million et demi d’années.

Erectus ou pas erectus dit Nénette moi je le trouve sympathique, élégant j’en ferais bien mon affaire.

Cette dernière remarque de la petite excitée provoqua la colère trop longtemps contenue de Pau Pau. : écoute petite innocente lui dit-il, cette espèce de bipède est notre pire ennemi. Va sur la route qui conduit chez les Glorieus et tu pourras remarquer ce qui reste de certains de mes congénères. Avec leurs voitures ils nous écrasent, nous laminent, nous aplatissent comme des crêpes. C’est une fin peu glorieuse.

Envers ton espèce, ces bipèdes sont d’une cruauté inouïe

Sache bien petite sotte qu’ils en veulent surtout à tes cuisses et à tes fesses. Ils les enduisent de beurre et puis hop à la casserole et elles cuisent à petit feu.

Nénette qui a écouté très attentivement le récit du vieux crapaud imagine un scénario très ..épicé.

Oh, mais ce ne doit pas être désagréable avec du beurre, çà je n’y avais jamais pensé. Et passer à la casserole à petits feux quelle jouissance. Ces gens sont de vrais gentlemen, ils ne sont pas égoïstes, ils savent partager, ils contrôlent leurs pulsions, ils ont le respect de leur partenaire et se défendent d’adopter la promptitude du lapin. Quel bonheur de rencontrer de tels êtres. Voilà un érotisme tout empreint de sagesse et de modération.

Mais pauvre écervelée s’exclame Pau Pau il ne s’agit pas d’érotisme ici, tout cela relève de l’art culinaire.

Culinaire répète Nénette c’est donc encore plus pimenté. Nous voilà en plein porno, c’est du hard !

Pourquoi du porno répond le crapaud

Ben je ne sais pas ce que culinaire signifie, mais les premières lettres du mot laissent supposer que dans cette situation on ne nage pas dans l’eau bénite.

Mais que vas-tu imaginer ma pauvre amie réplique Pau Pau, reprends tes esprits et cesse de fabuler.

Sache que culinaire vient du latin culina qui signifie cuisine.

Toi tu es très instruit Pau Pau tu as fait tes latrines (Latines – Latines intervient le vieux crapaud) mais moi mon cursus scolaire est très différent du tien. Quand j’ai commencé mes études, je suis entrée en première plasticine. Je l’ai réussie de justesse, mais je me suis fait recaler en seconde. J’avais des examens de repêchage et je les ai tous ratés. À la suite de cet échec, mes parents ont reçu une note sur laquelle il était marqué : « C’est sans espoir ». J’ai alors abandonné mes études et depuis, je promène mon ennui de mare en mare en espérant rencontrer un jour celui qui m’apprendra les choses de la vie. Oh et avec du beurre il ne faut pas que j’oublie ce détail. Et à petits feux ce doit être l’extase suprême.

Écoute intervient le vieux crapaud cesse une fois pour toutes de te monter le bourrichon et observe plutôt ce que ton « héron » se propose d’entreprendre.

Oh s’exclame Nénette, regarde comme il marche avec élégance sur la vase durcie. Il touche à peine le sol, on dirait qu’il marche sur la pointe des pieds. Il est si gracieux qu’il semble voler au raz du sol. Mais, mais que fait-il ? Oh le pauvre, il tente de traverser la queue de l’étang. Mais il va s’enliser la croûte durcie n’est pas assez épaisse pour supporter ce grand personnage. Pau Pau fais quelque chose.

Écoute Nénette répond Pau Pau dans ce bled perdu les occasions de rigoler ne sont pas nombreuses alors puisque l’occasion se présente on ne va pas s’en priver. Nous tenons notre revanche, il va payer pour les autres, tous ces méchants qui nous aplatissent comme des crêpes avec leurs voitures ou qui font cuire vos cuisses et vos fesses à petit feu et avec du beurre évidemment.

Regarde le monsieur Pau Pau, plus il avance plus il devient petit. Oh il ne bouge plus.

Attends répond Pau Pau ce n’est pas fini, cela ne fait que commencer, le meilleur reste à venir.

Nénette : sur la berge je vois d‘autres bipèdes de la même espèce que le monsieur qui est là au milieu de la queue de l’étang. Mais il n’a plus de genoux ! Il devra opter pour des prothèses et ça coûte cher ces trucs-là. Il va le sentir passer surtout son portefeuille

Sur la berge je vois une petite dame qui gesticule, qui lève les bras au ciel. Elle paraît très énervée. Celui qui est à sa droite semble très calme. Je vois que tour à tour il jette un coup d’œil vers le monsieur qui s’enfonce dans la vase et sa montre, ensuite il déclenche un chronomètre. Oh ! Je crois avoir compris son manège. Ce doit être un prof de Math ou un sadique enfin c’est la même chose. Il compare le temps nécessaire pour que ce qui reste du pauvre monsieur soit englouti et le temps mis par les autres membres de cette tribu pour atteindre la rive opposée. Il conclut qu’il n’y a pas lieu de se presser pour porter secours à l’infortuné marcheur. Quelle mentalité, quel égoïsme. C’est beau l’amitié par la marche !

Pau Pau : c’est rigolo tout çà hein Nénette.

Nénette : rigolo, rigolo tu en as de bonnes toi. Ce monsieur n’en veut peut-être ni à mes cuisses ni à mes fesses et il n’a peut-être pas l’intention de t’aplatir comme une crêpe avec sa voiture. Moi je prie le ciel pour qu’il s’en tire, au propre comme au figuré.

Pau Pau : comme tu parles bien, ma chère amie, tu m’étonnes. Ton vœu risque d’être exaucé. Écoute ce bruit de sussions, voilà ton protégé qui tente de se tirer d’un mauvais pas et j’ajouterais volontiers au propre comme au figuré. Sa démarche n’est pas très élégante. On ne peut pas dire qu’il surfe sur la vase ce monsieur-là.

Nénette :Tu vois méchant crapaud notre marcheur a échappé à l’emprise de la vase. Tu voulais qu’il paye pour les autres et bien tu seras déçu.

Pau Pau Tu as raison mon amie, mais j’aurai quand même la satisfaction de constater qu’il n’en sortira pas indemne du moins en ce qui concerne ses souliers et son pantalon.

Conclusions :

 

La géométrie nous apprend que la distance la plus courte entre deux points est la ligne droite, mais ce n’est pas nécessairement la voie la plus rapide et la plus sûre.

 

Ce qui pouvait ne pas être ne peut plus ne pas avoir été [2]

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[1] Traduisez : le venin est dans la queue. Non ne riez pas ce n’est pas ce que vous imaginez. C’est un proverbe appliqué par les Romains à la dernière partie d’une lettre, d’un discours débutant par un ton inoffensif mais qui montre ensuite plus de malice

[2] Le Matrimoine (Hervé Bazin)

Auteur : Jacques LALOT Auteur : Jacques LALOT